Vétérinaire

Ils sont de retour, et plus nombreux que jamais… les épillets!

By 31 mai 2020 No Comments

Si vous possédez un chien à poil long, vous avez forcément déjà été confronté à eux !

Le confinement a permis à la nature de reprendre certains de ses droits, ce qui est très bien. Mais quelques dangers sont également plus présents de ce fait. Je parle ici de la prolifération des tiques et de la montée en graine des graminées.

Un épillet, qu’est-ce que c’est ?

Vous savez, ce sont ces petites graines de graminées que l’on trouve beaucoup dans les herbes hautes à cette saison… La quantité d’épillets dans l’environnement actuellement est très importante. Ils arrivent à maturité à cette saison, et sont un danger, qu’ils soient encore en haut de leurs tiges ou tombés au sol…

 

Quand l’herbe n’est pas tondue, elle monte en graine. Avec le soleil et l’été qui approche, l’herbe jaunit, les graines sèchent, et finissent par se détacher des tiges.

Et la nature est bien faite : ces graines sont trop lourdes pour pourvoir être transportées par le vent. Alors il leur fallait un autre vecteur pour leur dissémination… Elles sont ainsi munies de poils microscopiques qui leur permettent de s’accrocher aux poils des animaux.

Ces poils sont tous orientés dans la même direction, et fonctionnent sur le principe des flèches. Une fois qu’ils s’accrochent aux poils, ils ne reculent plus mais ne font qu’avancer. Et ça peut aller très vite, comme on le voit sur cette vidéo :

How fast does a grass seed go in?

This video is amazing!It shows just how quickly a grass seed can get into your pet's paw.

Publiée par Bunbury Vet Clinic sur Mardi 21 novembre 2017

Et alors, où est le problème ?

Le problème vient quand nos poilus préférés se baladent dans l’herbe.

Le bout pointu de ces graines les fait pénétrer entre leurs poils ou leurs muqueuses, ce qui peut alors provoquer :

– des corps étrangers oculaires avec des ulcères de cornée :

l’épillet se pique sous la paupière et frotte l’œil. Cela provoque une conjonctivite marquée avec un très gros gonflement des tissus autour de l’œil. Si l’épillet avance encore, on peut même avoir des abcès rétro-orbitaires. On a alors un gonflement de la face, au-dessus ou en dessous de l’œil, qui se retrouve parfois exorbité. C’est le fait de l’infection qui se développe derrière et c’est très douloureux. On observe souvent une forte fièvre jusqu’à ce que l’abcès perce, permettant le plus souvent l’expulsion du reste de l’épillet.

– des abcès sur le corps, et en particulier entre les doigts :

l’extrémité de la graine est assez pointue pour réussir à passer sous la peau. Cela reste rare chez le chat, qui réussit probablement à le retirer de lui-même dès qu’il sent la piqûre. Mais c’est par contre beaucoup plus fréquent chez le chien. On l’observe en particulier chez les chiens à poils longs. L’épillet passe alors entre deux doigts, puis remonter parfois plus ou moins haut le long de la patte. On peut alors avoir la formation d’abcès, avec boiterie et fièvre là encore.

– des otites suraiguës :

si soudainement, au retour de sa balade, votre chien secoue la tête sans arrêt, attention ! En effet, un épillet est peut-être rentré dans le conduit auditif. Il risque alors de s’enfoncer de plus en plus, provoquant une irritation et une vive douleur, et risquant de percer le tympan. Mieux vaut donc le retirer au plus tôt ! Si le tympan est déjà percé, des signes d’atteinte de l’oreille interne peuvent apparaître. On peut parfois voir des pertes d’équilibre par exemple.

– des stomatites et des laryngites :

si l’épillet se pique dans la bouche ou dans la gorge, il provoque une inflammation locale. Le chien  ou le chat va alors déglutir souvent, et aura du mal à s’alimenter, avec des symptômes proches de ceux de l’angine. Après quelques jours, abcès et fièvre peuvent aussi s’observer, bien que rares.

– des affections respiratoires :

les épillets peuvent aussi être inhalés. Ils provoquent alors des éternuements très soudains et marqués, avec parfois un saignement au niveau d’une ou des deux narines. S’il progresse encore, il peut alors être déglutit (ce qui règle généralement le problème), ou être inhalé. On aura alors des signes d’infection pulmonaire avec de la toux le plus souvent. Le traitement antibiotique de votre vétérinaire fera disparaître les signes momentanément. Mais des rechutes fréquentes auront lieu jusqu’à ce que le corps ait réussi à expulser ce corps étranger le plus souvent.

En conclusion, les épillets peuvent entrer par la peau, le nez ou les oreilles le plus souvent. Mais leur côté migrant peut entraîner toute forme de symptômes. Toute infection rechutant systématiquement à l’arrêt des traitements, d’autant plus sur un chien jeune ou sans antécédent, et pour un peu que les signes aient commencé en fin de printemps ou début d’été, doivent nous faire penser à la possibilité d’un corps étranger de ce type.

Deux exemples :

– lors de mes années d’étude, une chienne de 6 ans avait été présentée au service de neurologie au mois de février pour l’apparition d’une paralysie progressive du train arrière. L’historique médical rapportait une phase de toux l’été précédent, puis plusieurs pics de fièvre d’origine indéterminée entre septembre et décembre. Un scanner a mis en évidence un abcès dans les muscles du dos, le long des vertèbres lombaires. Lors d’une opération, deux épillets ont été retirés de l’abcès. Elle a ensuite parfaitement récupéré en quelques jours !

– Star : la chienne de mon amie Pauline Debarbat (Déclic et des chiens) a aussi connu des mois de doute l’an dernier. Les premiers signes ont été de la toux, avec des images d’infection pulmonaire à la radiographie, et rechutant à l’arrêt des antibiotiques. Puis pendant plusieurs mois, elle a fait des pics de fièvre sans autre symptôme. Pour enfin commencer à faire des abcès sous-cutanés au niveau de la pointe du sternum. À la seconde intervention chirurgicale, le corps étranger a pu être trouvé et retiré, et Star n’a plus présenté de rechute ensuite.

Radiographie thoracique montrant un poumon trop clair, évoquant une infection dans ce contexte.

L’objet du délit trouvé et retiré après deux chirurgies, moins de 1 cm!

Mais alors, que faire ?

Il n’y a pas de solution miracle, mais quelques pistes peuvent tout de même aider :

– adapter l’environnement :

à la saison où ces épillets sont présents (lorsqu’ils sont secs et se détachent de leur tige principalement), éviter de laisser vos chiens se balader et renifler dans ces zones. Dans le jardin, mieux vaut tondre régulièrement pour ne pas laisser monter l’herbe en graine. Privilégier les espèces de graminées qui ne donnent pas les épillets les plus à risque de se piquer dans la peau.

 

– tondre :

pour les chiens à poils longs, tondre méticuleusement entre les doigts. Tondre l’intérieur des pavillons auriculaires des chiens à oreilles tombantes comme les cockers pourrait aussi limiter le risque.

 

– surveiller :

au retour de chaque balade, brosser et/ou inspecter les zones les plus à risque a minima : entre les doigts des 4 pattes, sous les coudes, autour de l’anus/la vulve. En particulier, si votre chien se met soudainement à se mordiller avec insistance un endroit précis du corps, allez jeter un petit coup d’œil à la zone.

 

– et consulter votre vétérinaire en urgence !

Plus l’épillet sera retiré tôt, moins il aura le temps de migrer loin et d’occasionner des dégâts sur son chemin. Mieux vaut un contrôle pour rien que de différer la prise en charge, qui risque d’être beaucoup plus lourde pour tout le monde si l’on attend plus. Et pour les cas où la migration a déjà eu lieu lorsque les symptômes apparaissent, les soins et examens sont à envisager rapidement, pour éviter de donner des mois de traitement antibiotique pour rien si les circonstances peuvent faire penser à un épillet…

Alors faites bien attention à vos poilus en cette saison!

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