Vétérinaire

Le danger des chenilles processionnaires…

By 25 mars 2020 No Comments

Les chenilles processionnaires sont un danger bien connu dans les zones où ces insectes sont présents.

Mais les changements climatiques actuels entraînent deux effets principaux : une augmentation de leur aire de répartition, et un allongement de la durée d’exposition de nos chiens (et dans une moindre mesure de nos chats).

Cet article a pour but de présenter synthétiquement ce qu’il y a à connaître de ce danger. Vous pourrez alors mieux l’éviter et saurez comment réagir en cas de survenue.

Ce qu’il faut savoir sur ces chenilles…

  • Cycle de la chenille processionnaire (Thaumetopoea pityocampa) :

En fin d’été, les papillons (forme adulte, papillons de nuit) se reproduisent. La femelle pond ses œufs entre les aiguilles des pins (ou de certains cèdres et sapins).
À l’automne, les œufs éclosent et les chenilles commencent leur croissance par mues successives.

Elles s’enferment dans un solide cocon de soie pour l’hiver. Ce sont eux que l’on voit au bout des branches des pins.
À partir de février-mars, les chenilles descendent au sol. Elles s’y déplacent en procession (d’où leur nom), jusqu’à trouver un site favorable. Elles s’enfoncent alors dans le sol pour passer au stade de nymphe (en mai-juin). Enfin, elles éclosent sous la forme de papillon.

  • Anatomie :

La chenille a une forme allongée habituelle mais est recouverte de longs poils.

Ce sont ces poils qui sont urticants. À l’échelle microscopique, ils présentent une forme de harpon, expliquant le fait qu’ils restent ancrés dans les tissus avec lesquels ils entrent en contact.

Si la chenille subit un stress, ces poils se détachent et tombent au sol ou s’envolent.

Aspects cliniques

  • Causes des symptômes :

Les chiens (et plus rarement les chats) touchent les chenilles avec leur nez ou leurs pattes (voire se roulent dessus ou les mangent!), ou entrent en contact avec les poils uniquement. Ce risque est donc important entre février et juin (avec un pic en mars-avril), lorsqu’elles sont au sol.

Or nous avons vu que la forme en harpon de ces poils urticants leur permet de rester plantés dans la peau ou les muqueuses (voire les yeux) lorsqu’ils sont à leur contact. Ceci provoque une inflammation locale.

Par ailleurs, l’intérieur des poils contient des substances urticantes.

Ainsi, du fait de l’inflammation provoquée par le poil qui pique la peau, l’animal va se gratter. Il casse alors le poil, ce qui libère ces substances et aggrave la réaction locale : l’inflammation augmente et une réaction allergique plus ou moins marquée se déclenche.

Au niveau des tissus, cela provoque également une dilatation des vaisseaux sanguins. Après un certain temps, une coagulation au niveau de ces vaisseaux peut aussi entraîner une nécrose des tissus touchés.

  • Symptômes :

Leur intensité dépend de l’importance du contact avec les poils urticants, de la sensibilité du chien et de la vitesse de prise en charge médicale. Une ingestion ou un contact avec les yeux sera souvent plus grave qu’un contact avec les coussinets ou le bout de la langue.

Juste après l’exposition, du fait de l’inflammation, le chien a tendance à se frotter vigoureusement la zone en contact : il se frotte le nez et les babines, se lèche les coussinets…

Puis il reste souvent prostré du fait de la gêne et de la douleur.

Si le contact a eu lieu avec la bouche, on observe souvent un œdème de la langue, qui gonfle en quelques minutes à quelques heures. Le chien bave alors, et peut avoir du mal à boire ou manger, ainsi qu’à déglutir (sans gêne pour respirer le plus souvent).

Si l’exposition a été longue ou importante, la muqueuse de la langue nécrose et la partie de tissu morte peut tomber. Si cela ne concerne que son extrémité, outre l’aspect douloureux, la vie du chien n’est pas en danger. Mais si une trop grande zone est concernée, il risque de ne plus pouvoir s’abreuver ou s’alimenter, justifiant alors son euthanasie. Ces cas sont heureusement assez rares, mais ce risque justifie une prise en charge en urgence !

Prise en charge et traitements

  • Prise en charge d’urgence :

Plus on intervient TÔT, plus on a de chances de limiter les symptômes et les séquelles.

Si l’on se rend compte de l’exposition aux chenilles rapidement, il faut surtout RINCER RINCER RINCER les tissus au contact. Pour cela, on lave à grandes eaux, eau plutôt froide, et en évitant de frotter pour ne pas casser les poils encore plantés (ce qui libérerait encore plus de substance urticante).

Cela nécessite souvent une sédation puisque la démarche peut être douloureuse et/ou stressante.

  • Prise en charge médicale d’urgence :

Une consultation en urgence est presque toujours nécessaire.

Le traitement consiste principalement en l’administration :

– de corticoïdes à action rapide pour limiter l’inflammation et l’œdème,
– d’un traitement contre la douleur,
– d’un traitement anti-histaminique éventuellement.

  • Prise en charge relais :

Un traitement antibiotique est mis en place pour éviter une surinfection à cause des tissus morts.

Les anti-inflammatoires et les antidouleurs sont prolongés.

Les premiers jours, si l’animal ne peut pas s’alimenter ou boire seul, il est gardé sous perfusion.

  • Prévention :

Seule une gestion de l’environnement permet de limiter le risque d’exposition de nos carnivores domestiques aux chenilles : destruction des nids, pose de pièges, inspection des jardins et sorties en laisse dans les zones à risque (à éviter pour limiter davantage encore le risque)…

Source principale : http://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=1359

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